J’ai commencé à enseigner en 1991. 30 ans ! 3 décennies, un quart de vie ! Transmettre l’histoire-géographie à des collégiens a été un engagement de tous les instants. Malgré les apparences, l’enseignement est un métier solitaire et éprouvant. Derrière les murs des salles de classe, j’ai vu des collègues se débattre avec leurs difficultés, leur fatigue, leurs émotions, souvent en silence. Cette profonde solitude m’a aussi profondément marquée. J’ai pris conscience qu’aucun espace ne permettait aux enseignants de s’exprimer tout simplement, sans crainte ni jugement.
Alors j’ai décidé de le créer. Aujourd’hui, ma mission est claire : vous accompagner et vous offrir du temps ; vous permettre de parler, de vous exposer ; vous aider à comprendre vos mécanismes intérieurs. C’est ce dont j’aurais eu besoin au cours de ma carrière.
Août 2010 : je débarque à Mayotte pour y enseigner au collège de Doujani. Avec mes trois jeunes enfants, un mari sans emploi, pas de logement et onze valises, nous arrivons en pleine grève d’essence. Le choc est considérable ! Installés sur la barge qui nous conduit à Grande Terre, le bruit des vagues résonne dans mes oreilles. Ici, rien ne m'est familier. Tout est à construire.
Puis vient la rentrée scolaire, et avec elle, une réalité brutale. Le collège où je suis affectée est loin de ce que j’avais imaginé. L’établissement est composé d’îlots épars. Les couloirs sont ouverts aux caprices du vent. Ma classe se trouve au rez-de-chaussée : un espace presque brut où un vieux rétroprojecteur prend la poussière dans un coin. Les plafonds, très hauts, amplifient chaque bruit. Imaginez alors les cours ! De vieux rideaux en lambeaux cachent à peine les persiennes poussiéreuses.
Chaque jour, les élèves, libérés plus tôt, viennent coller leurs visages contre les fenêtres, interpellant ceux de ma classe à voix haute.
Dans ma classe c’est le chaos pendant des mois ! Les élèves parlent et rient comme si je n'existais pas. Ils se lèvent, se racontent des histoires du quartier, parfois règlent leurs comptes en shimaoré, leur langue maternelle. Le vacarme est immense, et les cours intenses.
En 2010 à Mayotte, les conditions de vie de nombreux élèves sont inimaginables. Beaucoup vivent dans les bangas (bidonville), sans électricité. Lors de la saison des pluies, l’eau dévale les pentes et s’engouffre dans les maisons de tôle, les obligeant à surélever leurs lits. Certains enfants vivent seuls, leur mère ayant été expulsée. D’autres ne mangent qu’un seul repas par jour. Des jeunes filles à peine âgées de quatorze ans ont de jeunes enfants à s’occuper. Un matin par semaine, elles partent à la rivière pour laver le linge avant d’arriver au collège.
Le matériel scolaire se résume souvent à un stylo et à quelques cahiers. Pour certains, se rendre au collège est une difficulté. La collation de 10h - un sandwich, une boisson, un dessert – devient leur objectif et une victoire pour nous de les voir au quotidien. Il y a un monde entre les articles du rectorat sur Mayotte et la réalité sur place. J’ai dû adapter et simplifier mes cours, prendre l’habitude de reformuler deux à trois fois pour qu’ils comprennent car nombreux ne parlent pas couramment le français. Il m’est arrivé de faire du français pendant une heure pour pouvoir avancer.
C’est dans ce contexte difficile que l’administration m’informe d’une inspection. Le jour venu, je suis très stressée. L’inspectrice s’installe au fond de la salle et ne va pas cesser de me fixer pendant une heure. Mes élèves, habituellement très bruyants, sont figés. Malgré mes encouragements, ils n’osent pas participer. Ils ont peur « Et si cette inspectrice venait pour nous sanctionner ? ».
Dès les premières minutes, je comprends la catastrophe qui s’annonce : le cours qui tombe à plat ! Vous avez déjà vécu ça ? Ce moment où la panique s’empare de votre corps avec une sensation vertigineuse de chute libre. Cette sensation incontrôlable où tout bascule.
Dans la classe, il fait 40 degrés dans la classe. L’air est lourd. Les persiennes entrouvertes laissent à peine passer une brise timide. Je suis de plus en plus rouge, dégoulinante de sueur. Je m’agite, je tente de relancer le cours, sans succès.
L’inspectrice m’achève au cours de l’entretien. Je suis très angoissée. Pendant une heure, elle m’assène critiques sur critiques. Elle m’explique sévèrement ce que j’aurais dû faire, affirme que les élèves Mahorais parlent un français correct et que penser autrement est une excuse. Elle qualifie mon cours de « néant ». Chaque tentative de ma part pour expliquer la réalité est interrompue. Alors je me tais.
Je suis prostrée sur ma chaise, anéantie.
Mes collègues ont subi le même traitement. Pourtant, nous allons tous réagir différemment.
Deux collègues professeurs des écoles passent rapidement à autre chose et acceptent une deuxième inspection l’année suivante, déterminés à obtenir le fameux sésame leur permettant d’enseigner en collège. Un autre collègue demande sa mutation préférant fuir cette nouvelle inspection.
Et moi ? je dis non. Je refuse d’affronter à nouveau cette humiliation face à cette même inspectrice.
Cette diversité de réactions illustre une vérité essentielle : nous sommes uniques. Nos réactions, que ce soit face aux élèves, à des collègues ou à l’administration, sont influencées par ce que nous sommes profondément. Notre personnalité, notre histoire, nos valeurs, nos croyances, mais aussi nos limites jouent un rôle central dans notre manière de percevoir et de réagir aux situations. Ce qui bouleverse ou déstabilise l’un peut laisser l’autre totalement indifférent.
En classe, cette unicité s’exprime pleinement. Si l’autorité d’un enseignant repose en partie sur des compétences disciplinaires solides, la qualité de la relation avec une classe, elle, est liée à nos émotions. Être respecté, inspirer confiance ou établir une connexion authentique ne sont pas des talents innés. Cela commence par une solide connaissance de soi. Comment pouvons-nous réagir efficacement face aux élèves si nous ignorons ce qui déclenche nos propres émotions ?
Naturellement, face aux tensions, nous cherchons des solutions à l’extérieur de nous : l’exclusion d’un élève perturbateur, des sanctions disciplinaires, ou encore le soutien de la hiérarchie. Pourtant, la véritable clé se trouve souvent en nous. Cela peut être difficile ou inconfortable à admettre, mais comprendre pourquoi une situation déclenche autant d’émotions est essentiel.
Ce qui se transmet en classe, avant les savoirs ou les savoir-faire, ce sont les émotions. Celles que nous véhiculons dans notre manière de parler, de regarder, d’agir. Les premières minutes d’un cours en début d’année sont essentielles. C’est la construction d’une réputation.
Je m’en suis rendue compte un jour où mes élèves m’ont dit que j’étais « lunatique ». Cela provoquait du stress chez eux. Ces mots m’ont permis de prendre du recul, de mieux comprendre ce que je transmettais, parfois inconsciemment, et de chercher à m’améliorer.
Chacun a sa propre sensibilité. La colère, la peur, la culpabilité peuvent être vécues plus ou moins intensément. Ce qu’il faut comprendre c’est pourquoi on les ressent de cette manière ? Que se cache-t-il derrière des exclusions systématiques par exemple ? Quelle part de notre histoire nous fait rejeter à l’extérieur les problèmes ? Sans cette compréhension de nos mécanismes, comment évoluer et grandir ?
Le cours qui a suivi cette inspection ratée restera gravé dans ma mémoire. Pendant près d’une heure, j’ai laissé ma colère éclater. A première vue, elle semblait dirigée contre mes élèves, mais au fond, je savais qu’elle s’adressait surtout à moi-même. Je n’avais pas été à la hauteur. Et je m’en voulais terriblement !
Le lendemain, plus apaisée, j’ai décidé de leur parler, de leur expliquer ce que représentait cette inspection pour moi, sur le plan professionnel mais aussi personnel.
Avec sincérité, j’ai ouvert mon cœur. Je leur ai raconté pourquoi j’avais choisi de venir enseigner à Mayotte, en insistant sur l’essentiel : j’étais là pour eux. Pour les accompagner, leur transmettre des savoirs et peut-être les aider à réaliser leurs rêves.
Ce jour-là, pour la première fois, mes élèves m’ont véritablement écoutée. Et quelque chose a changé entre nous. Mes conditions de travail étaient les mêmes, mes cours n’étaient pas magiquement devenus exceptionnels, mais une connexion s’était créée. Ils sont devenus adorables. Ils m’ont commencé à partager avec moi leurs rêves, leurs espoirs, leurs histoires. Ils m’ont parlé de leur île avec une fierté touchante. Nous avons pris le temps de nous écouter, de nous comprendre. Ces moments étaient bien plus qu’une leçon : c’était une rencontre profondément humaine. Ce jour-là, mes élèves m’ont offert un cadeau inestimable : leur respect et leur amitié.
Le retour en France a été difficile. La solitude, l’absence de soutien, les exigences administratives, l’irresponsabilité de certains parents, les remises en question constantes ont eu raison de mon enthousiasme. Je travaillais sans discontinuer, mettant inconsciemment ma vie personnelle de côté. J’étais épuisée. A chaque rentrée scolaire, j’avais le sentiment de plus en plus violent d’entrer en prison.
Finalement, en 2024, j’ai obtenu ma rupture conventionnelle. Cet accord a marqué ma plus belle évolution de carrière !
Si vous êtes ici, c’est probablement parce que mon histoire résonne avec la vôtre. Peut-être traversez-vous l’une de ces épreuves :
vous êtes épuisé·e, à bout de souffle, peut-être même en burn-out.
vous vous sentez impuissant·e face à certaines classes ou certains élèves.
Vous êtes harcelé·e mais vous ne savez pas comment sortir de
cette situation ?
Vous ressentez une profonde solitude, sans réel soutien de votre hiérarchie ou de vos collègues ?
Vous avez envie de vous reconvertir mais la peur vous paralyse ?
Vous vous sentez épuisé·e et chaque matin est un combat : angoisse, boule au ventre, culpabilité, transpiration excessive, peur...
vous n’osez pas en parler, ni à vos collègues, ni à votre famille.
Voici la bonne nouvelle : il est possible de vous relever, de reprendre le contrôle, de retrouver de la sérénité.
Ensemble, nous pouvons le faire. Je suis là pour vous accompagner sur ce chemin.
À PROPOS
ALB Coaching, 200 rue de la Croix Nivert 75015 Paris
Coaching bienveillant pour les enseignantes qui veulent reprendre le contrôle de leur vie.